
Le Regard à Deux Yeux
“une petite paire de lunettes qui voyageait aux opéras et aux ports”
Là où la longue-vue est faite pour un œil et un seul guetteur, celle-ci est faite pour deux — une paire de petites lunettes en bois tourné et laiton noirci, du genre que l'on levait jadis à l'opéra, sur un port ou vers une lointaine ligne de collines. Le bois a été fini pour paraître longuement manié, poli par les doigts. Elle demande qu'on la prenne en main.
C'est une paire de jumelles de campagne classiques, faites pour l'ornement : des fûts veinés de bois, des œilletons en laiton noirci et des bagues de laiton vieilli. Plus rondes et plus tactiles que la longue-vue seule, à leur aise sur un bureau ou une étagère basse. Une pièce décorative, non conçue pour l'observation.
La forme reprend celle des jumelles de théâtre et des premières jumelles de voyage du tournant du siècle dernier — la petite paire que l'on levait au théâtre, aux courses ou vers un coteau lointain. Le métal noirci et la teinte du bois sont une finition vieillie intentionnelle, non de l'usure ; c'est une reproduction de fabrication récente.
Le voyage, le théâtre, le romanesque du regard lointain — elle forme une paire avec la longue-vue seule : un guetteur, et deux.



